Diaporama de Pablo Neruda.
Traitement des images, restauration, Guy Desmurs

Citation de Pablo Neruda

mardi 18 avril 2017

« ET UN SOURIRE », POÈME DE PAUL ÉLUARD

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 PAUL ÉLUARD
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« ET UN SOURIRE », POÈME DE PAUL ÉLUARD, LU PAR SERGE REGGIANI
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DURÉE : 00:00:36

    La nuit n’est jamais complète.

    Il y a toujours, puisque je le dis,
    Puisque je l’affirme,
    Au bout du chagrin
    Une fenêtre ouverte,
    Une fenêtre éclairée,
    Il y a toujours un rêve qui veille,
    Désir à combler, Faim à satisfaire,
    Un cœur généreux,
    Une main tendue, une main ouverte,
    Des yeux attentifs,
    Une vie, la vie à se partager.



    -Paul Éluard

    dimanche 9 avril 2017

    « LA PAIX » POÈME DE YANNIS RITSOS

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    « LA PAIX » POÈME DE YANNIS RITSOS, LU PAR MELINA MERCOURI 
    LICENCE YOUTUBE STANDARD   
    DURÉE : 00:03:22

      le rêve de l’enfant, c’est la paix.
      Le rêve de la mère, c’est la paix.
      Les paroles de l’amour sous les arbres
      c’est la paix.

      Quand les cicatrices des blessures se ferment sur le visage

               du monde
      et que nos morts peuvent se tourner sur le flanc et trouver
               un sommeil sans grief
      en sachant que leur sang n’a pas été répandu en vain,
      c’est la paix.

      La paix est l’odeur du repas, le soir,

      lorsqu’on n’entend plus avec crainte la voiture faire halte
               dans la rue,
      lorsque le coup à la porte désigne l’ami
      et qu’en l’ouvrant la fenêtre désigne à chaque heure le ciel
      en fêtant nos yeux aux cloches lointaines des couleurs,
      c’est la paix.

      La paix est un verre de lait chaud et un livre posés devant

               l’enfant qui s’éveille.

      Lorsque les prisons sont réaménagées en bibliothèques,

      lorsqu’un chant s’élève de seuil en seuil, la nuit,
      à l’heure où la lune printanière sort du nuage
      comme l’ouvrier rasé de frais sort de chez le coiffeur du quartier,
               le samedi soir
      c’est la paix.

      Lorsque le jour qui est passé

      n’est pas un jour qui est perdu
      mais une racine qui hisse les feuilles de la joie dans le soir,
      et qu’il s’agit d’un jour de gagné et d’un sommeil légitime,
      c’est la paix.

      Lorsque la mort tient peu de place dans le cœur

      et que le poète et le prolétaire peuvent pareillement humer
      le grand œillet du soir, 
      c’est la paix.

      Sur les rails de mes vers,

      le train qui s’en va vers l’avenir
      chargé de blé et de roses,
      c’est la paix.

      Mes Frères,

      au sein de la paix, le monde entier
      avec tous ses rêves respire à pleins poumons.
      Joignez vos mains, mes frères.
      C’est cela, la paix.

      Yannis Ritsos (1909 - 1990)
      Texte traduit du grec par l'auteur,
      Revue Europe, août-septembre 1983

      dimanche 2 avril 2017

      POÈME XIV DE L'ŒUVRE POSTHUME
      « ÉLÉGIE »


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      LES CLOWNS CÉLESTES 



      Evtouchenko est un fou,
      c'est un clown,
      c’est ce qu’on dit, bouche fermée.
      Viens, Evtouchenko,
      nous allons ne pas discuter,
      nous avons déjà tout dit
      avant d'arriver dans ce monde,
      et il y a dans ta poésie
      des rayons de nouvelle lune,
      des pétales électroniques,
      des locomotives,
      des larmes,
      et de temps en temps, salut!
      en haut! en bas!
      tes pirouettes, tes hautes acrobaties.

      Et pourquoi pas un clown ?

      Ils nous font défaut dans le monde
      Napoléon, un clown des batailles
      (égaré plus tard dans la neige),
      Picasso, clown du cosmos,
      Dansant sur l'autel
      des miracles,
      et Colomb, ce triste clown
      qui, humilié sur toutes les pistes
      nous a découverts il y a des siècles.

      Il n’y a que le poète qu’on ne veut pas laisser,
      ils veulent lui voler sa pirouette,
      ils veulent lui enlever son saut mortel.

      Je le défends 
      contre les nouveaux philistins.

      En avant Evtouchenko,
      montrons dans le cirque
      notre dextérité et notre tristesse,
      notre plaisir de jouer avec la lumière
      pour que la vérité étincelle
      entre ombre et ombre.

      Hourra !
      maintenant entrons,
      que s'éteigne la salle et avec un réflecteur
      éclairez nos visages
      pour qu'ainsi ils puissent voir
      deux oiseaux joyeux
      disposés à pleurer avec tout le monde.



      Pablo Neruda, Poème XIV de l'œuvre posthume « Élégie » (Œuvres complètes, Tome  III) p. 766  de l'Édition d'Hernán Loyola. Chez Galaxia Gutemberg 1999. 


      Traduit de l’espagnol par M.C.

      MORT DU POÈTE RUSSE EVGUENI EVTOUCHENKO


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      EVGUENI EVTOUCHENKO
      PHOTO VLADIMIR ASTAPKOVITCH
      Le poète russe Evgueni Evtouchenko, figure emblématique de l’époque du dégel en Union soviétique, est décédé à 84 ans aux Etats-Unis, a indiqué, samedi 1er avril, son épouse Maria Novikova à l’agence de presse publique russe RIA Novosti. 
      PABLO NERUDA ET
      EVGUENI EVTOUCHENKO
      AU CHILI
      Né le 18 juillet 1933 à Irkoutsk, en Sibérie, Evtouchenko a publié ses premiers poèmes à 20 ans. Rapidement, il a connu une grande popularité en URSS, où sa liberté de ton et son non-conformisme tranchaient avec les normes jusqu’alors admises dans la littérature de l’époque stalinienne.

      Il a été un symbole du non-conformisme pendant le court dégel qui a suivi la mort de Staline, sous Nikita Khrouchtchev au début des années 1960. Il devint ensuite un soutien loyal et un privilégié du régime jusqu’à la chute de l’URSS. 

      LE POÈTE EVGUÉNI EVTOUCHENKO LORS D’UNE
      LECTURE À MOSCOU, LE 19 JUILLET 2016.
      PHOTO VLADIMIR VYATKIN
      Après son hospitalisation en début de semaine, Evtouchenko avait demandé à être enterré à Peredelkino, près de Moscou, « non loin du tombeau de Boris Pasternak », a affirmé à TASS le producteur Sergueï Vinnikov, qui était chargé des préparatifs pour un festival poétique prévu cet été en Russie à l’occasion des 85 ans du poète.



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      dimanche 19 février 2017

      NERUDA, CE MONSIEUR ÉTAIT UN GROS POÈTE. (4/4) : « POÉSIE VERTICALE »

      ROBERTO JUARROZ

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        «NERUDA, CE MONSIEUR ÉTAIT UN GROS POÈTE. »  JACQUES BONNAFFÉ LIT LA POÉSIE 
       -RADIO FRANCE CULTURE -  DIFFUSÉ  JEUDI 16 FEVRIER 2017
       DURÉE : 0:03:40 
      France Culture 


      Jamais la poésie n’est au travelling de la vie, déroulante ou minutée, elle est prise de montées, ou de plongées verticales. Elle se dédouble plutôt que de croire à ses histoires, et voit sa chute en même temps qu’elle grandit.

      Roberto Juarroz est celui qui interroge Chronos sans relâche et l’envoie balader tendrement. Jamais noir, jamais désespéré il semble fouiller un répertoire d’outre-mots, une mort familière intérieure avec laquelle chaque instant nous nous contextualisons.


      La mort parfois nous frôle les cheveux,
      nous dépeigne
      et n'entre pas.
      Est-ce une grande pensée qui l'arrête?
      peut-être pensons-nous
      quelque chose de plus grand que la pensée même?
      Roberto Juarroz - 1925 1995 Poésie Verticale Collection Points (indispensable)
       Textes extraits de :

      NERUDA, CE MONSIEUR ÉTAIT UN GROS POÈTE. (3/4) : « POINGS TENDUS »


      PABLO NERUDA JEUNE
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        «NERUDA, CE MONSIEUR ÉTAIT UN GROS POÈTE. »  JACQUES BONNAFFÉ LIT LA POÉSIE 
       -RADIO FRANCE CULTURE -  DIFFUSÉ  MERCREDI 15 FEVRIER 2017
       DURÉE : 0:03:51 
      France Culture 



      Toujours ivres d’amour, nous levons le poing avec Pablo Neruda, et dans le désir de grandir encore, la verticale nous prend, menant à Roberto Juarroz, l’argentin.

       Textes extraits de :

      NERUDA, CE MONSIEUR ÉTAIT UN GROS POÈTE. (2/4) : « CENT FOIS D’AMOUR »

      PABLO NERUDA 1919

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        «NERUDA, CE MONSIEUR ÉTAIT UN GROS POÈTE. »  JACQUES BONNAFFÉ LIT LA POÉSIE 
       -RADIO FRANCE CULTURE -  DIFFUSÉ  MARDI 14 FEVRIER 2017
       DURÉE : 0:03:21 
      France Culture 



      Et l’on perdrait ses feuilles à y chercher l’homme d’engagement, le poète du «Chant Général» père spirituel de la jeunesse militante des années 70, idéaliste ou brave, chantant au combat, ce Pablo-ci est avant tout troubadour, diplomate au grand cœur.

      Nos recherches buttent sur tant de pages d’amour inépuisable, Neruda est un Guiness book à lui-seul, et le cinéaste Pablo Larrain dans sa fiction bio - qui n’est pas biopic - a raison de nous le décrire intenable, égoïste et charmeur, mais d’une confondante humanité. Sorte d'énorme saint laïque offrant son manteau entier à l’exilée des trottoirs.

       Textes extraits de :
      •  Pablo Neruda Vingt Poèmes d’amour et une chanson désespérée - Gallimard 
      •  Pablo Neruda La centaine d’Amour - Gallimard

      NERUDA, CE MONSIEUR ÉTAIT UN GROS POÈTE. (1/4) : « AU CŒUR D’UNE EXTASE »

      PABLO NERUDA JEUNE

      [ Pour écouterdouble-cliquer sur la flèche ] 
        «NERUDA, CE MONSIEUR ÉTAIT UN GROS POÈTE. »  JACQUES BONNAFFÉ LIT LA POÉSIE 
       -RADIO FRANCE CULTURE -  DIFFUSÉ  LUNDI 13 FEVRIER 2017
       DURÉE : 0:03:11 
      France Culture 


      Deux poètes sous les feux de l’actualité, mais la poésie s’en soucie-t-elle ? Qu’a t-elle écrit sur Pénélope depuis ce vieil Homère ? L’illusionniste Pablo Larrain, cinéaste chilien prodigue, nous autorise cette fois à l’irrévérence, dans son portrait de Pablo Néruda, persécuté bon vivant. Explication de cet emprunt dans le titre au belge Louis Scutenaire, un aphorisme pour parler de la figure immortelle du « Grand Poète ». 

       Textes extraits de :
      •  Pablo Neruda Vingt Poèmes d’amour et une chanson désespérée - Gallimard 
      •  Pablo Neruda La centaine d’Amour - Gallimard

      dimanche 8 janvier 2017

      ELEGÍA PARA CANTAR


      I



      ¡Ay, qué manera de caer hacia arriba
      y de ser sempiterna, esta mujer!

      De cielo en cielo corre o nada o canta
      la violeta terrestre:
      la que fue, sigue siendo,
      pero esta mujer sola
      en su ascensión no sube solitaria:
      la acompaña la luz del toronjil,
      del oro ensortijado de la cebolla frita,
      la acompañan los pájaros mejores,
      la acompaña Chillán en movimiento.

      ¡Santa de greda pura!

      Te alabo, amiga mía, compañera:
      de cuerda en cuerda llegas
      al firme firmamento,
      y, nocturna, en el cielo, tu fulgor
      es la constelación de una guitarra.

      De cantar a lo humano y lo divino,
      voluntariosa, hiciste tu silencio
      sin otra enfermedad que la tristeza.


      II


      Pero antes, antes, antes,
      ay, señora, qué amor a manos llenas
      recogías por los caminos:
      sacabas cantos de las humaredas,
      fuego de los velorios,
      participabas en la misma tierra,
      eras rural como los pajaritos
      y a veces atacabas con relámpagos.

      Cuando naciste fuiste bautizada
      como Violeta Parra:
      el sacerdote levantó las uvas
      sobre tu vida y dijo
      « Parra eres 
      y en vino triste te convertirás ».

      En vino alegre, en pícara alegría,
      en barro popular, en canto llano,
      Santa Violeta, tú te convertiste,
      en guitarra con hojas que relucen
      al brillo de la luna,
      en ciruela salvaje
      transformada,
      en pueblo verdadero,
      en paloma del campo, en alcancía.


      III


      Bueno, Violeta Parra, me despido,
      me voy a mis deberes.

      ¿Y qué hora es? La hora de cantar.

      Cantas.
                  Canto.
                            Cantemos.





      PABLO NERUDA

      Enero 19, en automóvil entre Isla Negra y Casablanca.
      Poema-prólogo a Violeta Parra, Décimas, Santiago, Pomaire,  1970.
      Pablo Neruda, « Elegía para cantar » , dans Nerudiana dispersa II, 1922-1973, (Obras completas, tomo V) pages 304-305 Edición de Hernán Loyola. Galaxia Gutemberg, Primera edición : Barcelona, 2002.

      « NERUDA » DE PABLO LARRAIN, TOUT SAUF UN BIOPIC ?

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      EN IMAGES 

      Chili, 1948 : le sénateur et écrivain Pablo Neruda, fervent communiste, est traqué pour ses idées politiques. Dans son sixième film, le réalisateur Pablo Larrain prend le genre de la biographie filmée, le « biopic », à contre-pied. 
      Le réalisateur surprend en choisissant de se 
      LUIS GNECCO DANS «NERUDA»
      focaliser sur cette période très courte de la vie du grand poète. Il choisit aussi d’insérer à cette course-poursuite des passages oniriques qui rappellent que le chef-d’œuvre poétique de Neruda, le Chant général, était en germe à ce moment précis. Il déjoue enfin les attentes du spectateur en adoptant le point de vue de l’antagoniste de son personnage principal, un inspecteur méticuleux à la solde du pouvoir chilien. L’avis des critiques du Monde. 

      vendredi 6 janvier 2017

      NERUDA : N'EST PAS UN BIOPIC MAIS «UN JEU D'ILLUSION»


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      NERUDA : PHOTO LUIS GNECCO 
      [INTERVIEW] Quatre ans après No, Pablo Larrain revisite à nouveau l'histoire du Chili en compagnie de Luis Gnecco et Gael Garcia Bernal. Soient, respectivement, le poète Pablo Neruda et Oscar Peluchonneau, le policier obsédé par sa capture dans ce long métrage remarqué à la Quinzaine des Réalisateurs du dernier Festival de Cannes pour sa manière de nous offrir un biopic qui n'en est pas vraiment un. Rencontre avec l'équipe de ce film « nerudien  » plus que sur Neruda.

       « NERUDA » BANDE-ANNONCE VO  

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      Pablo Larrain :
      Neruda est une figure clé de la culture chilienne. Mais je ne pense pas qu'il s'agisse ici d'un film sur lui mais plutôt sur ce qu'il créé chez nous qui le faisons, aussi bien le scénariste et les acteurs que moi. C'est plus un film nérudien qu'un film sur Neruda. Je trouvais intéressant de retourner à cette époque, car leurs rêves étaient différents. Nous, nous savons ce qu'il s'est passé donc il me semblait intéressant de l'aborder avec notre regard contemporain.

      Luis Gnecco : C'est très important et un gros défi pour moi que d'incarner Neruda. J'étais même effrayé à l'idée de le faire au début, à tel point...
      Gael Garcia Bernal : ... qu'il fallait tout le temps aller le chercher aux toilettes (rires)
      Luis Gnecco : (rires) C'est faux. Représenter Neruda au Chili n'est pas quelque chose de simple. Mais je ne pouvais pas avoir peur tout le temps, et l'idée était de ne pas jouer tout le personnage. On ne peut pas incarner toute la vie d'une personne, c'est impossible. Surtout lorsque l'on parle d'un écrivain et d'un poète aussi énorme que Neruda, qui est une grande personnalité au Chili.

      Heureusement, le film ne couvre qu'une partie de sa vie et Pablo Larrain m'a immédiatement dit qu'il ne cherchait pas à faire une biographie de Neruda car ça n'est ni intéressant, ni amusant. Nous avons mis en scène un personnage qui invente son destin, son éternité. A l'époque du film, Neruda était quelqu'un de très important, sur le plan littéraire et politique, mais il fallait qu'une partie de sa vie soit un mythe. Et le scénario joue sur cette idée. C'est ce qui m'a permis de me plonger dans le personnage.
      Neruda et Oscar représentent un seul et même personnage
      Diriez-vous que Neruda a également inventé sa némésis ? Même si Oscar a bel et bien existé, une scène du film le suggère et son personnage est très cinématographique.

      Luis Gnecco : Il y a un jeu entre eux, oui. Mais Oscar a vraiment existé.
      Gael Garcia Bernal : Bien sûr. Beaucoup de policiers ont persécuté Neruda, mais je ne vois pas Oscar comme une création magique ou un vrai alter ego, mais comme une transmutation car un policier est l'exact opposé d'un poète. Un policier peut réfléchir sur son existence mais, en même temps, son travail l'oblige à se taire et attendre dans la rue jusqu'à ce que quelque chose se passe. C'est un travail de ville.

      À côté, le poète est libre. Cette idée de transmutation est donc excitante et ce qu'il y a de mieux dans le film de Pablo, c'est la manière dont les deux personnages se rejoignent pour n'en former qu'un, de façon très touchante lorsque le policier lit le poème de Neruda et que ce dernier l'encourage à le réciter comme si c'était la première fois que quelqu'un le faisait.

      On peut voir Oscar et Pablo comme les deux faces d'une même pièce.

      Luis Gnecco : C'est ainsi que Pablo Larrain nous les a présentés, et c'était une grande nouvelle pour nous, car il nous a dit que nous étions le même personnage. Et c'est le cas. Chacun de nous incarne une des facettes.

      Pablo Larrain : Pour moi il y a un personnage principal, qui est Neruda. Et un autre personnage principal, le policier qui le pourchasse. Mais pour moi, ce sont les mêmes. Ils représentent un seul et même personnage. Ça créé une absurdité qui peut être drôle et étrange. Il y a une idée de némésis, de dualité entre deux personnages - surtout quand ils sont aussi différents que peuvent l’être un policier et un poète - mais ils finissent par se ressembler à un moment et c’est en cela que je trouve le film existentialiste.

      Neruda créé sa propre légende, il écrit l’une de ses œuvres les plus connues, « El Canto Général »", alors que le policier essaye de se comprendre lui-même. Chacun cherche à se connaître alors que le film avance, mais moi-même je ne sais pas qui ils sont. C’est au public de Neruda d’essayer de le comprendre, mais c’est plus comme un rêve dont on se réveille avec quelques souvenirs mais pas l’intégralité. Je préfère voir le cinéma ainsi.

      Pourquoi avoir choisi de se focaliser sur la fuite de Neruda ?

      Pablo Larrain : En 1947 au Chili, le président a déclaré le Parti communiste illégal. Donc tous les communistes ont été chassés, et Neruda était l'un d'eux. Il a donc été en fuite pendant deux ans, et notre film est aussi un road movie. Et il me semblait intéressant de se focaliser sur Neruda à cette époque précise, car il créé un jeu imaginaire. Quand vous avez un personnage qui joue avec tout, votre film peut devenir joyeux et joueur aussi. Il y a une combinaison d'éléments qui envahissent le film, du film noir au western, en passant par des références à certains réalisateurs et films ou la poésie de Neruda.

      Mais, par-dessus tout, Neruda est pour moi un jeu d'illusion. C'est ce que j'aime avec le cinéma : rien n'est vraiment réel. Et c'est pour cette raison que nous n'avons pas la prétention de faire un portrait de Pablo Neruda. Nous avons lu sa poésie et son autobiographie, et nous les avons absorbées pour en tirer un long métrage sur le monde de Neruda. C'est un film sur son espace, son imagination. C'était quelqu'un de très spécial et sophistiqué. Un érudit, comme vous diriez en France. Mais un érudit aussi insaisissable que l'eau, et qui vous laisse les mains mouillées. C'est ce qui fait le sel d'un bon personnage. Si vous pouvez le comprendre entièrement, ça ne m'intéresse pas.

      Peut-on voir « Neruda  »comme un portrait de vous-même, en creux, au vu de toutes les influences à l’écran ?

      Pablo Larrain : C’est difficile à dire, mais il y a toujours un peu de vous dans les films que vous faites. Je n’y pense toutefois pas. C’est dans mes tripes et je mets en scène ce qui me semble bien. Il n’y a pas vraiment de logique derrière ça.
      Il y a toujours un peu de vous dans les films que vous faites
      Des westerns et films noirs particuliers vous ont-ils inspiré au moment de faire ce film ?

      Pablo Larrain : Je n’aime pas le « name dropping », mais il y a des films de Godard que j’ai vraiment aimés et auxquels j’ai pensé en faisant le film, même si l’on n’en retrouve pas vraiment de trace. Il y a aussi John Ford et l’absurdité qu’il y avait dans les films faits dans les années 80, avec cette idée de quelqu’un chassant quelque chose d’impossible. Je trouve ça très beau et tous ces réalisateurs laissaient porte et fenêtre ouvertes afin que le public puisse entrer et sortir quand il le voulait. Je n’aime pas ces films dans lesquels tout est dit et clos. Je crois vraiment en l’intelligence du public, et je veux travailler avec cette intelligence et avec cette sensibilité car nous pouvons ainsi jouer avec les spectateurs.

      Je veux créer une mécanique entre eux et moi plutôt que de mettre en scène quelque chose d’entièrement élaboré. Godard disait justement que la plupart des réalisateurs se considéraient comme des aéroports ou des gares, mais qu’il préférait se voir comme un train ou un avion, à cause de cette idée de mouvement et de transition. C’est pour moi une très belle façon de décrire le cinéma, qui est quelque chose qui devrait aller d’un lieu à l’autre sans jamais vraiment arriver ni vraiment partir de quelque part, mais juste faire figure de transition.

      Pablo Larrain vous a-t-il encouragés à voir les films qu'il avait en tête au sujet de l'aspect visuel de « Neruda » , Gael et Luis ?

      Gael Garcia Bernal : Oui, nous en avons parlé et j'ai regardé beaucoup de films noirs ou dans lesquels il y avait des policiers, et qui étaient fantastiques, comme Le Cercle rouge. Des films dans lesquels il y a de longs moments au cours desquels les policiers prennent leur travail au sérieux, avec quand même de la comédie.

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      Nous avons joué sur cette idée mais, dans le même temps, mon personnage semblait en-dehors du contexte, même à cette époque. Il se prend très au sérieux et ses coéquipiers ne le comprennent pas vraiment. Il joue à son propre jeu, au même titre que Pablo Neruda créé lui-même son personnage. Il a choisi son père, son surnom et même son identité, comme si Neruda la lui avait donnée. Et c'est là que la figure du policier typique du film noir disparaît pour devenir plus réfléchie, plus existentialiste.

      Luis Gnecco : Nous sommes en 2016 [l'interview a été réalisée en mai, ndlr], donc nous ne pouvons pas faire un vrai film noir. Un hommage au genre ou reproduire son style, oui. Mais comme Gael l'a dit, si vous jouiez ces personnages aujourd'hui, alors que d'autres gens l'ont déjà fait pendant les années 40, 50 ou 60, ça serait ridicule. Et le film joue justement avec cette notion de ridicule, aussi bien avec Oscar que le reste des personnages. Neruda ne se prend jamais au sérieux ici, car il joue tout le temps. Sa femme aussi joue. Tout le monde le fait, donc nous avons un contexte de film noir, sans pour autant se plier au style avec lequel on le faisait à l'époque.

      Etait-ce frustrant de ne jamais être dans le même plan pendant tout le film ?

      Gael Garcia Bernal : C'est amusant car dans le dernier film que nous avons fait ensemble, No, nous avions beaucoup de scènes ensemble. Et cette fois-ci, lorsque nous arrivions sur le plateau, nous tournions chacun notre tour alors que nous étions dans le même lieu. C'était une façon de travailler différente et Luis m'a manqué.

      Luis Gnecco : Moi aussi tu m'as manqué (rires) Et pourtant, nos deux personnages se rencontrent dans une scène qui n'est finalement pas dans le film. Nous étions pourtant contents de la tourner car c'était la seule qui nous réunissait, mais elle n'est pas dans le montage final.

      Propos recueillis par Maximilien Pierrette à Cannes le 13 mai 2016